L’oreille absolue : Atout ou handicap ?

Par seriniti , le 16 mai 2022 - 9 minutes de lecture

L’oreille absolue se définit par la capacité d’associer immédiatement un son à une note sans aucune référence préalablement donnée, contrairement au porteur d’une oreille relative qui reconnaît la note en fonction d’une note référente entendue (le « la » par exemple). Très peu d’individus ont une oreille absolue : on estime qu’une personne sur 10 000 la possède. 

Le bénéficiaire d’une oreille absolue possède donc une sorte de second langage. C’est à dire que, de la même manière qu’elle comprend (et peut écrire) chacun des mots qu’elle a assimilés enfant et entend, elle peut nommer naturellement et immédiatement associer chaque son perçu à une note. L’exploit n’est pas mince, si l’on considère que l’oreille distinguerait 3000 nuances de sons alors que l’œil n’est capable de différencier qu’une centaine de teintes différentes.

Le plus bel exemple que l’on peut citer, bien connu au moins par la majorité des mélomanes et des musiciens est la transcription du « Miserere » d’Allegri par Mozart.

Mozart

Rappelons succinctement l’histoire. 

Grégorien Allegri, compositeur, prêtre au Vatican, maître de chœur, compose vers 1638, pour le pape Urbain VIII un chant grégorien qui est une polyphonie a cappella qui rassemble 9 chanteurs, ces derniers chantant plusieurs mélodies différentes, sans être accompagnés d’instruments. L’ensemble du chant, très mélodieux dure environ 15 minutes. Cette partition, tenue secrète et enfermée à double tour au Vatican, n’est jouée dans la chapelle Sixtine que deux jours par an lors des matines du mercredi et vendredi de la semaine sainte et le pape interdit toute diffusion, toute sortie du Vatican et toute copie sous peine d’une excommunication. En 1770, le jeune Mozart, 14 ans, accompagné de son père assiste à cette cérémonie et le 11 avril retranscrit de mémoire le morceau, rectifiant certains détails à la 2ème cérémonie sans écrire les fioritures et les ornements. La partition échappe dès lors au Vatican et partira à Londres l’année suivante. Le pape convoquera le jeune Mozart et le félicitera pour son talent, autorisant dorénavant la sortie de la partition du Vatican.

Don inné ou acquis ?

On pense que le don en mathématiques est un don inné (génétique) comme semblent l’avoir établi des psychologues de l’université John Hopkins aux USA. Peut-on en dire de même pour cette oreille absolue qui existe préférentiellement dans les familles de musiciens, ce qui était le cas chez Mozart?

Rien n’est moins sûr.

L’oreille absolue existe également chez des sujets normaux qui n’ont jamais fait de musique et non issus de familles de musiciens. Toutefois Mendelssohn, au XIXème siècle, complétera le travail du jeune Mozart. Prodige de la musique, il était issu d’une famille de riches banquiers allemands, non musiciens, mais sa sœur Fanny était comme lui une brillante musicienne, également compositrice. Leur mère, très tôt avait recherché la meilleure éducation pour ses enfants et il est vraisemblable que la musique en fit partie. Jean Sébastien Bach, a contrario, venait d’une très grande famille de musiciens, tous talentueux, à défaut d’être célèbres. 

L’oreille absolue : inné ou acquis ?

Alors ?

La réalité est certainement partagée et il reste probable qu’il existe, comme dans beaucoup de cas similaires (écriture, peinture, mathématiques), une part d’inné, donc génétique et une part d’acquis. Cela peut paraître évident mais espérer que le don inné serait suffisant pour devenir un mathématicien reconnu, un joueur d’échec célèbre, un peintre talentueux, relèverait bien évidemment d’une grande naïveté.

L’homme perçoit des sons dont la fréquence s’étale de 20 à 20 000 hertz (un son de 20 hertz de fréquence par exemple est un son qui vibre 20 fois par seconde). Cette oreille humaine reste en deçà des performances animales. Au-dessus de 20 000 hertz on parle d’ultrasons, en deçà du 20 hertz on parle alors d’infrasons. Notre acuité auditive est excellente dans un spectre auditif oscillant entre 100 et 3000 hertz ce qui correspond au registre de la voix humaine. Les extrêmes restent moins performants. Ainsi, nous pouvons différencier un son de 256 hertz de fréquence d’un son de 257,5 Hz. Sous 64 Hz notre acuité auditive passe à 3 hertz et à 23 Hz au-dessus de 4096 Hz.

En outre, en vieillissant, notre perception auditive diminue nettement pour les fréquences aiguës (à partir du 3000 Hz), c’est  ce  que  l’on  appelle  la  presbyacousie  qui  survient  vers 55 ans chez l’homme, plus tard chez la femme. Très vite en effet, les fréquences auditives aiguës s’altèrent et ce, pour plusieurs raisons. L’environnement bruyant dans lequel on vit est la toute première cause de cette détérioration précoce d’autant, nous l’avons vu, que la transmission du son, via l’étrier sur la fenêtre ovale se trouve en regard de la zone du 4000 Hz sur la cochlée (oreille interne). Ce sera donc la première fréquence touchée du fait de cette proximité oreille moyenne-oreille interne ; les coups de boutoirs de l’étrier (d’autant plus qu’il y a agression sonore) venant léser les cellules ciliées internes dans l’oreille interne, lesquelles sont en nombre limité et ne repoussent pas une fois lésées.

Cette « intégrité » du spectre sonore chez les tout jeunes a fait proposer il y a quelques années des alarmes sonores dans les fréquences très aiguës, fort désagréables pour les jeunes oreilles – déjà non perceptibles pour des individus d’une trentaine d’années – permettaient d’éviter les regroupements en des lieux publics, avant qu’elles ne soient interdites. Mais une idée ne restant jamais perdue, ces « ultra-sons » furent repris pour la sonnerie de téléphones des jeunes de moins de 25 ans, élégamment baptisés « teen buzz » et même « mosquitone » permettant à ces derniers de recevoir appels et textes sur leurs portables que « les plus de vingt ans ne pouvaient pas connaître » pour paraphraser une chanson célèbre.

Mais où se trouve le siège de l’oreille absolue ? 

En d’autres termes, l’oreille absolue est-elle différente d’une oreille banale ? 

Nous avons étudié l’anatomie de l’oreille et la propagation du son de l’oreille moyenne à l’oreille interne avec transformation du signal mécanique – via les osselets et la fenêtre ovale – en vibrations sonores qui se propagent dans le liquide endolymphatique faisant courber les cils des cellules ciliées ; l’énergie mécanique se transformant en énergie chimique puis en influx nerveux par 30 000 fibres nerveuses par oreille vers le nerf auditif. L’oreille absolue ne se différencie en rien de l’oreille normale.

De nombreuses expériences ont confirmé que c’est dans le cerveau que tout se joue.

Et si l’inné joue son rôle, il apparaît que cette oreille absolue se développe très tôt dans l’enfance par un apprentissage des sons avant même la naissance ; le bébé percevant déjà les sons dans le ventre de sa mère mais ne les reconnaissant que vers l’âge de 12 mois. L’éducation passera ensuite par l’apprentissage de la parole et le nouveau-né va progressivement apprendre à identifier des sons et à les vocaliser. C’est certainement à ce moment, avant la troisième année de vie, période où le nouveau-né associe des mots et des sons, que peut se former l’oreille absolue qui s’avérera être une pure construction cérébrale. On peut donc affirmer, sans trop de risques de se tromper, que l’oreille absolue est pour l’essentielle acquise mais l’ascendance d’une famille de musiciens restant certainement un atout supplémentaire par sa composante génétique qui se rajoutera à l’environnement musical dans lequel baignera l’enfant.

Que se passe-t-il au niveau du cerveau ?

L’hémisphère cérébral gauche participe au langage. Le droit est celui de l’émotion et de l’intégration des sons harmoniques. Mais l’apprentissage du solfège et des techniques musicales s’apparente à l’acquisition du langage et à l’analyse.

Alors que chez les sujets normaux, l’écoute d’une œuvre musicale sollicite le cerveau droit qui va apprécier la mélodie, l’oreille absolue va écouter avec son cerveau gauche (oreille droite du fait du croisement des fibres nerveuses) ; le cerveau gauche analysant sans relâche les hauteurs de chaque note. En cas de fatigue ou d’ennui le possesseur de l’oreille absolue peut « décrocher » et le cerveau droit va prendre le relai. L’analyse des sons disparaît aussitôt, le sujet devenant possesseur d’une simple oreille relative. Une telle faculté, ajoutée aux caractéristiques précédentes, est indéniablement un véritable atout. Est-ce toujours le cas ? 

L’oreille absolue est-elle toujours un atout ?

Une telle oreille ne présente pas toujours que des avantages, tant s’en faut. 

• Un instrument mal accordé est difficilement supportable, 

• Un air baroque interprété avec le « la » de référence, légèrement différent du la des compositions contemporaines apparaît faux, 

• Jouer d’un instrument transpositeur (trompette ou cor par exemple) qui produit une note différente de celle écrite sur la partition s’avérera également très clivant pour le porteur de l’oreille absolue,

• Que dire enfin de cette oreille vieillissante et des difficultés à venir le jour où il sera peut-être nécessaire de l’appareiller !

On le voit donc, un formidable outil de travail peut devenir parfois un bien encombrant organe des sens.

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