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La misophonie : une affection de notre époque ?

La misophonie : une affection de notre époque ?

Sur le plan étymologique le mot misophonie est composé du mot « misos » (qui vient du grec et signifie haine, aversion) et du mot « fonos » (le bruit). La misophonie est donc l’aversion au bruit ou du moins à certains bruits, lesquels sont très spécifiques et semblables, pour l’essentiel, chez tous les patients qui se plaignent de cette affection.

Totalement ignorée et inconnue il y a quelques décennies, cela ne signifie pas pour autant qu’elle n’existait pas. En effet, si les doléances dont se plaignent les patients concernent l’appareil auditif et la perception auditive, elle est davantage étudiée par les psychiatres et les psychologues. Quoi qu’il en soit, les premières descriptions des symptômes ne sont guère retrouvés avant les années 2000 et les études concernant ce trouble n’en sont encore qu’à leurs premiers balbutiements.

Diagnostic clinique de la misophonie

Il s’agit de troubles psychiques caractérisés par une aversion à certains bruits (comme la taille ou le limage des ongles, le humage, les raclements de gorge, les bruits gutturaux, nasaux ou buccaux par exemples) produits par un autre individu. Ces sons sont banals, propres à tout le monde et lorsqu’ils sont émis par l’individu lui-même atteint de misophonie, cela ne déclenche aucune gêne.

Les sons impliqués dans la misophonie sont répétitifs.
Ils provoquent une réaction immédiate de rejet, associée à une anxiété et parfois à une colère avec envie de faire cesser le bruit dans l’instant ou d’essayer de l’éviter (boules Quies, casque audio).

Autre paradoxe : lorsque ces mêmes bruits proviennent d’enfants (voire d’animaux), ils ne provoquent aucune gêne. Les sons aversifs restent ceux produits par des adultes (le plus connu est le mari et sa mastication !). Par ailleurs 55% des personnes atteintes rapportent des cas similaires familiaux, évoquant une possible origine génétique à ces troubles. Dans les cas extrêmes, l’individu en souffrance peut éprouver de l’irritabilité voire de la colère.

De tels symptômes pourraient faire douter d’une quelconque organicité chez ces patients, pourtant l’âge de survenue, associé à des troubles objectifs sur les IRM fonctionnelles, vont à l’encontre de cette hypothèse, nous le reverrons.

La maladie apparaît en général à un très jeune âge (adolescence et même le plus souvent enfance). L’âge moyen de survenue est de 12 ans mais peut apparaître dès 5 ans.

Diagnostics associés de la misophonie

On note qu’il n’existe aucune distinction de genre et d’âge pour cette affection.
Le pourcentage de personnes atteintes de misophonie est, par ailleurs, extrêmement difficile à évaluer d’autant que nombre de personnes s’énervent de bruits de mastication d’un proche, d’un individu pianotant sur un bureau voisin voire du crissement de certains instruments (comme à l’utilisation d’une scie, par exemple) sans être pour autant des misophones en puissance. Toutefois, on a pu relever que 10% des acouphéniques seraient porteurs de misophonie. De même, de nombreuses études cliniques rapportent l’association à certaines comorbidités:

Syndrome de Gilles de la Tourette, qui se définit comme une affection neurologique d’évolution chronique caractérisée par des tics moteurs et sonores, voire multiples et fluctuants dans le temps. Un brillant ministre français tira avantage de ces tics qui lui conféraient, dit-on, un pouvoir de séduction. Mozart lui même et le célèbre écrivain écossais James Boswell en furent également atteints ; 

TOC ou troubles obsessionnels compulsifs caractérisés par des comportements répétitifs et irraisonnés mais irrépressibles, atteignant le plus souvent des sujets jeunes (mais qui n’a pas marché sur des trottoirs dallés en  évitant les lignes de séparation ou vérifié à plusieurs reprises la bonne fermeture de sa porte d’entrée ?). On a relevé une association chez un enfant de 10ans ; 

Troubles anxieux ou dépressifs, notamment chez l’adulte ; 

Troubles de comportement alimentaire que l’on peut schématiquement classer en trois groupes : l’anorexie nerveuse, la boulimie et l’hyperplasie boulimique, non associée pour cette dernière à des comportements compensatoires (vomissements, laxatifs) qui entraîne une obésité et la distingue en ce sens d’une boulimie pure.

Diagnostic différentiel de la misophonie

L’acouphène est la perception de sons parasites dont l’étiopathogénie est tout autre, affectant un nombre considérable de patients qui se plaignent de bruits pouvant prendre toutes les formes (sifflements, jets de vapeur, perception de mots, voire de phrases). L’acouphène est de plus en plus fréquent dans notre monde bruyant.  

La phonophobie (qui vient du grec « phonos » signifiant parler fort et « phobie » signifiant crainte, peur). La phonophobie, c’est la crainte d’entendre des sons, due à une sensation auditive insupportable produite par les sons environnants. 

L’hyperacousie, qui ne constitue pas une meilleure audition (comme on peut le lire parfois) mais une sensibilité exacerbée aux bruits, c’est à dire une intolérance plus grande aux bruits en général, faisant que l’individu fuit tout lieu à potentialité bruyante et se déplace souvent avec des protections phoniques, quelles que soient leurs formes.


Diagnostic complémentaire de la misophonie

Diverses théories sont avancées pour expliquer la misophonie, mal connue et mal comprise. 

Citons la théorie « polyvagale » proposée par un psychiatre américain qui invoquerait une réponse autonome du système nerveux central lors de la perception de bruits « corporels » autres que les siens, qui s’associeraient à un état d’alerte (stimulation corticale du cerveau primitif). 

D’autres théories ont été avancées.
En 2013, une étape essentielle a été franchie grâce à l’IRM f, c’est à dire l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. Cette méthode permet de visualiser, de manière indirecte, l’activité cérébrale. Son principe consiste à mesurer l’oxydation du cerveau dans les zones étudiées. En effet, toute activation neuronale s’accompagnera d’une augmentation locale du flux sanguin afin de couvrir les besoins métaboliques liées à cette activation. C’est ainsi que l’on note, chez ces patients stimulés, une augmentation des signaux neuronaux dans le cortex cingulaire antérieur1et le cortex insulaire2 (également impliqués dans le syndrome de Gilles de la Tourette) et influencent la colère, la douleur et l’information sensorielle.

On évoque aussi la possibilité que la misophonie et les TOC pourraient partager les mêmes circuits neuronaux, avec une mauvaise régulation de certains neurotransmetteurs (sérotonine, dopamine) qui sont impliquées dans la régulation comportementale, l’humeur, l’anxiété, la motivation, la prise de décisions, l’attention ; leur manque pouvant provoquer ces symptômes.

Traitement de la misophonie

Aucun traitement à ce jour n’a fait la preuve de son efficacité.Mentionnons d’emblée que les antidépresseurs, les anxiolytiques et les antipsychotiques sont totalement inefficaces.

La politique d’évitement, difficilement réalisable, peut être compensée par une protection auditive pour les sons déclencheurs (allant de la banale boule Quies aux bouchons préformés ou aux embouts filtrant sélectivement certaines fréquences (portés par les musiciens).

On peut, peut-être, certainement évoquer comme traitement adjuvant, la pratique de l’apnée qui constitue une immersion dans le monde du silence absolu et qui nécessite, pour progresser, un état de relaxation que l’on acquiert avec l’expérience et le travail et la pratique possible du yoga. Si ce traitement n’est pas une fin en soi, nul doute qu’il peut apporter un bien-être et une gestion du bruit environnemental une fois revenu dans le monde des terriens.

Toutes les stratégies d’adaptation méritent d’être citées. Le patient reste le meilleur juge et le meilleur testeur. Ces traitements vont de la protection à la thérapeutique d’habituation (thérapie cognitivo-comportementale).

Récemment, une équipe médicale a proposé d’associer une thérapeutique consistant à écouter les sons qui dérangent en les associant à un son agréable comme de la musique (sans que ce dernier ne soit occultant pour le son agressif) et qui amènerait 90% de bons résultats.

Conclusion

Les paradoxes propres à la misophonie sont déroutants et intriguent.

Notre monde actuel est-il la cause de ces « nouvelles » maladies, que nous ignorions dans notre cursus médical il y a bientôt quatre décennies ? On ne peut cependant pas affirmer qu’elles n’existaient pas déjà. La question reste posée. 

Le meilleur traitement est certainement une prise en main personnelle, aidée, autant que faire se peut, par la thérapie cognitivo-comportementale. « L’homme de l’art » ici n’est probablement pas le thérapeute conventionnel mais certainement bien d’avantage un professeur enseignant le yoga et la relaxation, le médecin voyant sa fonction, ici, réduite à peau de chagrin sauf si le patient nécessite un soutien psychologique.

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1 Cortex cingulaire antérieur : partie frontale du cortex cingulaire, qui ressemble à un collier enroulé autour du corps calleux (commissure reliant les lobes cérébraux entre eux), assurant le transfert d’informations entre les hémisphères.

2 Cortex insulaire (insula) : partie du cortex cérébral associé aux fonctions limbiques (intervenant dans diverses émotions comme l’agressivité, la douleur, la peur, le plaisir...). 







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