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« Rhumes » d’hier et d’aujourd’hui

« Rhumes » d’hier et d’aujourd’hui

Ce que l’on appelle communément « rhume » est une rhinopharyngite – c’est-à-dire une affection des voies aériennes supérieures (cavité nasale et pharynx) – bien souvent bénigne, principalement saisonnière (hivernale) mais pas seulement, déclenchée dans 40% des cas par un virus spécifique (le rhinovirus) mais aussi par d’autres types de virus connus depuis « toujours » : l’adénovirus, le virus respiratoire syncytial, le virus influenza (la vraie grippe), le para influenza et… le coronavirus !

Les symptômes cliniques, non univoques, nous rappellent quelque chose…
> Fatigue plus ou moins intense,
> Rhinorrhée claire (écoulement nasal aqueux),
> Possibilité de perturbation de l’odorat et du goût (conséquence de la perte d’odorat),
> Maux de tête possibles,
> Lombalgies, douleurs musculaires et articulaires diffuses,
> Fièvre variable,
> Toux.

Des complications plus ou moins graves sont possibles, notamment pulmonaires, mais également une atteinte du système nerveux central, voire la mort dans des cas exceptionnels, surtout chez les sujets âgés, fragiles, avec parfois une comorbidité associée. Honoré Daumier croquera, avec sa férocité coutumière, dans Les gens de médecine, ces épidémies de « rhume » à Paris à la fin du XIXème siècle. Même si les virus en tant qu’entités à part entière n’avaient pas encore été découverts, ils existaient déjà et, on s’en doute, depuis toujours.

C’est, bien sûr, le cas de notre coronavirus.

La grippe espagnole

Une des caractéristiques principales de ces virus est leur faculté à muter. On le sait, cela concerne déjà la grippe saisonnière, ce qui impose un vaccin toujours recommencé en automne. C’est également le cas de la fameuse grippe espagnole (Espagnole car, en pleine guerre mondiale, l’Espagne, n’étant pas en guerre, fut la seule à avoir décrit cette pandémie). Cette grippe espagnole partie de Chine (Canton) à partir d’une atteinte de canards (déjà), fut ramenée en 1918 aux USA par des immigrants, devint très vite d’une extrême virulence, se propagea dans toute l’Europe et fut responsable d’une mortalité que l’on estima entre 20 et 50 millions de morts. Pour les continents africain et indien, le chiffre est encore plus imprécis. Certains experts estimeraient ainsi que le nombre de victimes de la grippe espagnole pourrait avoisiner les 100 millions de morts en quelques mois.

À la même époque, la première guerre mondiale a fait 19 millions de morts en 4 années.
Sur une période de 25 ans, le SIDA a fait 25 millions de morts.
L’effroyable peste noire au XIVème siècle serait responsable de 25 millions de morts en 7 ans, sur une population infiniment moins nombreuse que de nos jours.

Fort heureusement les mutations du SARS-CoV-2 sont peu virulentes. Aujourd’hui, en l’espace d’un an environ, le SARS-CoV-2 est responsable d’1,5 million de morts dans le monde.

À titre de comparaison, le tabac tue 5 millions de personnes par an (1 mort toutes les 6 secondes) et 10 millions sont estimés à l’aube des années 2030 avec une vente exponentielle dans les pays émergents. Après plus d’un siècle de consommation de tabac, l’OMS parle de 100 millions de morts. Certainement beaucoup plus. Alors… 200 millions de morts, 300 millions, plus ?
Il paraît utile de comparer le nombre de morts des pandémies passées et actuelles, avec celles du tabac et des guerres. Elles sont évidemment toujours trop nombreuses et devraient être évitées autant que faire se peut, mais sachons relativiser.

La situation à laquelle nous sommes confrontés est-elle inédite dans l’histoire, obligeant nos dirigeants aux principes de précautions élémentaires dans ce monde où toute mort est désormais une mort de trop ? La réponse est négative : les problèmes auxquels nous faisons face ont déjà été rencontrés et analysés. Le XVIIème siècle a été confronté aux problèmes de l’action en incertitude. Ainsi dans la Logique de Port-Royal, les logiciens traitèrent explicitement de la notion de précaution avant de soutenir qu’elle ne devait pas guider l’action en ce monde. Nous sommes dans un monde d’adultes responsables. Quand l’information, avec ses conséquences possibles, est clairement donnée, les individus doivent être capables d’agir et de décider librement. Inutile d’infantiliser et d’interdire, le mal pouvant être pire alors. Ces discussions de philosophes – que l’on considérait, il fut un temps, comme nos maîtres à penser – mériteraient d’être actualisées.

La grippe russe

Un article écrit par Stéphane Korsia-Meffre et publié par Vidal le 26 novembre 2020, relatif à la grippe russe, mérite d’être résumé ici. La grippe russe, encore nommée grippe de Saint-Pétersbourg, est la première pandémie de l’ère industrielle. Richement documentée, elle sévit à la fin du XIXème siècle à travers le monde, débutant en automne 1889, a priori terminée au printemps 1890 mais qui subira des vagues au cours des années suivantes : printemps 1891, hiver 1891-92, hiver 1892-93, hiver 1893-94 voire printemps 1895.
On note la prééminence de survenue en hiver.

Des études de phylogénétique (étude des modifications génétiques des espèces animales ou végétales) récentes évoquent une hypothèse étonnante : le coronavirus OC43 – l’un des quatre coronavirus humains bénins – serait-il à l’origine de la pandémie de grippe russe qui ravagea le monde entre 1889 et 1895 ? Avant le Covid 19, le monde a-t-il connu une pandémie au Covid 89 (1889) ?

• Progression
Les premières atteintes sont décrites à Boukhara (aujourd’hui en Ouzbékistan) mais aussi, simultanément, à l’ouest du Canada et au Groenland. La première flambée importante a lieu à Saint-Pétersbourg en novembre 1889 et déferle ensuite sur le monde à un rythme très rapide avec, notamment, une flambée observée à New York, provoquant 1200 décès en une semaine. Sa particularité est son aspect en « feu de brousse » : elle explose là où elle arrive et cesse en quelques semaines. Des vagues épidémiques se succèdent ensuite pendant 4 ans, plus sévères dans certains pays (Royaume-Uni notamment) que d’autres, sans explication rationnelle. H. Franklin Parsons, du département médical de la ville de Londres notera :

« Alors que le démarrage de la première vague a été soudain, avec des pics de mortalité dès la troisième semaine (18 janvier 1890) d'une épidémie qui en dura six, la mortalité a ensuite rapidement diminué. En contraste, le démarrage de la deuxième vague, en mai et juin 1891, a été plus progressif, s'étalant sur une durée de 8 semaines à Londres, mais cette vague s'avéra finalement plus létale. »

Curieuse similitude !

En France, la grippe russe touche d’abord le personnel des grands Magasins du Louvre (qui deviendra le Louvre des Antiquaires avant de fermer) et s’étend en tache d’huile dans la capitale et toute la France. Noël 89 est marqué par la saturation des hôpitaux (construction de baraquement dans les cours des hôpitaux). On note 400 à 500 décès par jour dans la capitale. Fin février 1890, le calme revient soudainement dans la capitale.

 

Clinique
La grippe Russe présente des signes similaires à la grippe commune, mais cependant les médecins notent des particularités insolites et déconcertantes.
> Maladie plus contagieuse que la grippe,
> Doigts gonflés en début de maladie (vascularite ? c’est-à-dire inflammation des parois des vaisseaux),
> Atteintes sévères plus fréquentes chez l’homme,
> Atteintes rénales et digestives,
> Mortalité plus élevée chez les personnes âgées (notion de comorbidité inconnue ?),
> Récidives rapides chez 15% des patients (ce qui reste exceptionnel semble-t-il pour le Covid 19),
> Manifestations neurologiques anormalement élevées pour une grippe, faisant dire au Pr Pierre Potain (connu pour ses travaux sur la pression artérielle) que cette grippe n’est pas la grippe.

• Traitement
À époque différente, traitements différents, des plus fantaisistes aux plus dangereux, allant de l’huile de ricin, du courant électrique, du brandy… des huîtres… à la strychnine, en passant par la Quinine !

 

1889, année de naissance de Coronavirus OC43 ?

• Éléments phylogénétiques
Pour faire simple, une équipe belge, suspectant la proximité phylogénétique de OC43 avec un autre bêta-coronavirus, (BCoV) a, par une technique d’horloge moléculaire appliquée à la protéine Spike (protéine de surface du virus qui permet la pénétration de ce dernier dans les cellules), permis d’estimer la date la plus récente d’un ancêtre commun. Il se situerait vers 1890 et OC43 serait né de BCoV (responsable de la diarrhée à Corona chez les veaux) car OC43 présente des délétions importantes par rapport à BCoV.

• Éléments épidémiologiques
Il existe également des éléments épidémiologiques qui suggèrent un passage d’OC43 des bovins vers l’homme à l’époque de la pandémie de grippe Russe. Entre 1870 et 1890, le cheptel bovin mondial est décimé par une panzootie (pandémie animale) de pneumonie contagieuse nécessitant un abattage sanitaire massif pour éviter la propagation de la maladie. Cette panzootie serait liée à cette époque au développement du commerce de bovins sur pied, rendu possible grâce aux chemins de fer. Les personnels en charge de l’abattage sanitaire massif auraient été contaminés par des virus respiratoires des bovins abattus et notamment une souche mutée de BCoV c’est-à-dire OC43.

• Éléments cliniques
Les symptômes neurologiques qui ont marqué les médecins de cette époque évoquent fortement les capacités neuro-invasives pour lesquelles OC43 est connu. D’autres éléments cliniques de la grippe russe rappellent une symptomatologie constatée en mars, lors du pic épidémique du Covid 19 :
> Vascularite de l’extrémité des doigts,
> Formes graves chez les personnes âgées,
> Plus grande fragilité des hommes, etc.

Conclusion 

Si le OC43 est l’ancêtre du Covid 19, contentons-nous de noter quelques points.

L’affection évolue par vagues spontanément résolutives (pas de traitement donné, isolement relatif). La deuxième vague, qui s’étala sur une plus longue période (H. Franklin Parsons), s’avéra plus létale. On peut constater qu’il y eut 5 à 6 vagues successives, séparées d’accalmie totale. Pourtant, le traitement était inexistant, l’isolement également.

L’OC43 fut responsable d’un million de morts ce qui correspondrait à 5 millions de morts de nos jours entre l’automne 1889 et le printemps 1895.

Certainement depuis que le monde est monde, nous sommes entourés de virus pour lesquels il existe peu de traitements curatifs (le traitement restant symptomatique). Leur présence participe aux fléaux auxquels l’être humain est confronté depuis toujours. En 2013, en France, on avait prédit une pandémie, mais force est de constater que nous nous sommes mal préparés à cette éventualité certaine. Le vaccin, bien qu’étonnamment rapidement trouvé, sera certainement d’un appoint indiscutable, en tous les cas pour les individus les plus fragilisés. Il est certainement raisonnable de ne pas l’imposer, se faire vacciner relevant du libre choix des individus, surtout s’ils sont jeunes et bien portant, mais l’obligation probable pour voyager risque d’aller à l’encontre de ce libre choix. Une fois de plus, on risque de ne pas responsabiliser, mais au contraire d’infantiliser les individus clairement informés.

 

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Sources et références bibliographiques

• Article de Stéphane-Meffre pour VIDAL, 26 novembre 2020
• Paul Molga, les Échos, 30 juillet 2015 avec mise à jour du 6 aout 2019

• Kempinska-Miroslawska B. et Wozniak-Kosek A.
The influenza epidemic of 1889-90 in selected European cities - a picture based on the reports of two Poznan daily newspapers from the second half of the nineteenth century
Med Sci Monit, 2013 ; 19 : 1131-114

• Honigsbaum M.
The "Russian" influenza in the UK : Lessons learned, opportunities missed
Vaccine 29S B11-B15, 2011

• Valleron AJ, Meurisse S & Boelle PY
Historical Analysis of the 1889-1890 Pandemic in Europe
Inern J Infect Dis Volume 12, Suppl 1, e95, 1/12/2008

• André G.
La grippe ou influenza
Masson, 1908

• Knapp A.
The original plandemic : Unmasking the eerily familiar conspiracy theories behond the Russian flu of 1890
Forbes, 15 Mai 2020

• Mulder J & Masurel N.
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The Lancet, 1958, Apr. 19 ; 1(7025) : 810-4

• Patrick DM, Petric M, Skoronski DS et al.
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• Vijgen L, Keyaerts E, Moës E et al.
Complete Genomic Sequence of Human Coronavirus OC43 : Molecular Clock Analysis Suggests a Relatively Recent Zoonotic Coronavirus Transmission
J. Virol. 79 : 1595 - 1604, 2005

• Vijgen L, Keyaerts E, Lemey P et al.
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J Virol (80)14 : 7270-7274, 2006

• Knudsen JK
Overraskende opdagelse : Coronavirus har tidligere lagt verden ned (Suprenante découverte : un coronavirus a dékà bloqué le monde par le passé)
DR (Danmarks radio), 13/08/2020

• Zhang XM, Herbst W, Koutsoulas KG & Storz J
Biological and genetic characterization of a hemagglutinating coronavirus isolated from a diarrhoeic child
J Med Virol 1994 Oct ; 44(2) : 152-61

• Arbour N, Day R, Newcombe J & Talbot PJ
Neuroinvasion by human respiratory coronaviruses
J Virol 74 : 8913 - 8921, 2000









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