Appareillage auditif : vouloir comprendre

Appareillage auditif : vouloir comprendre

Depuis des décennies, les audioprothésistes et les maisons d’appareils auditifs interrogent les patients en âge de porter des appareils auditifs et font un constat sévère : 13% environ des malentendants portent un appareil. Autrement dit, plus de 80% des patients, bon an, mal an, renoncent au confort et à la qualité de vie que pourrait leur apporter un appareil auditif.

La gêne invoquée par l’entourage de ces patients ou par le patient lui-même, particulièrement dans un environnement bruyant, est pourtant précoce (vers la soixantaine) et généralement admise. Pourtant, l’âge moyen d’appareillage, en France, est de 71 ans, soit près de 7 ans après l’apparition des premiers troubles auditifs ressentis.

Pourquoi un si grand nombre de patients renonce à l’appareillage auditif ?
Pourquoi l’appareillage a lieu si tardivement ?
Quels sont les souhaits de ces patients, qui préfèrent faire des efforts quotidiens pour comprendre, plutôt que de s’appareiller et bénéficier ainsi d’un vrai confort d’écoute ?
A-t-on écouté leurs doléances, leurs désirs, leurs envies ?

Si l’on exclue les jeunes malentendants, pour qui le port d’un appareil est malheureusement une obligation et non un choix de mieux vivre ou de mieux être en compagnie, les presbyacousiques sont nécessairement exigeants car ils peuvent se passer, dans l’absolu, d’un appareil, même s’ils sont moins confortables sans.

Aujourd’hui, 95% des indications d’appareillage des médecins ORL ont pour cause la presbyacousie.
Cette déperdition naturelle de l’audition, liée au vieillissement du système auditif concerne, d’ailleurs, 80% des appareillages auditifs effectués.


1. Le prix et la faible prise en charge de l’appareillage auditif

C’est un argument important, qui pèse considérablement dans l’arbitrage des choix et peut expliquer pourquoi cette dépense est repoussée à plus tard (7 ans en moyenne, soit vers 71 ans), lorsque la gêne auditive devient vraiment embarrassante. Selon l’Autorité de la Concurrence :

« En France, le prix des audioprothèses est librement fixé par l’audioprothésiste dont la marge n’est pas encadrée par la réglementation (…). Ce prix, qui comprend de manière indissociable la fourniture de l’appareil et celle des prestations d’adaptation et de suivi s’étend aujourd’hui de 900€ par oreille pour l’entrée de gamme à 2000€ pour le haut de gamme (…). Toutes gammes confondues, la facture s’élève ainsi, en moyenne, à 1500€ par oreille, soit 3000€ pour un appareillage binaural (80% des patients). (…) 80% des audioprothèses vendues sont de moyenne ou haute gamme (…). À l’inverse du secteur de l’optique, où le remboursement des complémentaires de santé est en moyenne de 58% pour des verres simples, le reste à charge est particulièrement élevé dans le secteur de l’audition »

En effet, l’Assurance Maladie participe au financement à hauteur de 120€ par audioprothèse et les organismes complémentaires entre 80€ et 350€ en moyenne. Le reste à charge, pour le patient, est donc d’environ 1000€ par oreille, soit une dépense privée de 2000€ pour un équipement binaural. Un reste à charge qui correspond à 66% du prix de l’appareillage auditif.

Ainsi, le niveau élevé des prix et la prise en charge, très modeste, de l’Assurance Maladie comme des mutuelles apparaissent comme un obstacle à l’accès aux soins.

 

2. L’esthétisme

Argument également important et souvent énoncé par les patients.

« Je ne veux pas faire vieux »
« Je suis gêné de porter mes prothèses auditives en public »

Pourtant les lunettes, elles, sont parfaitement acceptées depuis toujours et sont très visibles !
Mais il est vrai qu’une paire de lunettes peut donner une personnalité au visage, ce qui est rarement le cas pour un contour d’oreille et l’idée de handicap reste ancrée dans l’esprit des patients. Patients qui sont, à soixante ans, encore jeunes et qui se considèrent comme jeunes !

Les résultats du baromètres HUMANIS 2013 le confirme :

« Alors que la moyenne d’âge réelle est de 57 ans, les répondants déclarent avoir les mêmes centres d’intérêts que des personnes de 44 ans (en moyenne) et se comportent comme des personnes de 46 ans. En revanche, l’apparence physique est plus proche de la réalité (presque 52 ans) »

En d’autres termes, une personne de soixante ans se considère plus proche, dans ses centres d’intérêts, son comportement et physiquement – dans une moindre mesure, qu’une personne de 10 ans plus jeune.
Leurs critères d’esthétisme concernant l’appareillage auditif sont, en conséquence, parfaitement légitimes, comment ne pas les comprendre ?

Et comment expliquer, alors, que 80% des appareillages auditifs effectués par les audioprothésistes aujourd’hui sont…des contours d’oreilles ?

Plusieurs études ont permis de mettre en évidence les avantages des aides auditives intra auriculaires et la plus grande satisfaction que ces appareils auditifs génèrent chez le patient, en comparaison avec des aides auditives de type contour d’oreille.

Selon le laboratoire Starkey, grand spécialiste des prothèses auditives : 

« Le modèle intra auriculaire CIC – Completely In the Canal – représente la référence des aides auditives quasi invisibles »

Voici une liste non exhaustive des avantages permis par une prothèse auditive intra-conduit :
• Augmentation de la satisfaction des patients,
• Diminution de l’amplification du bruit du vent,
• Amélioration de la localisation des sons dans l’espace (l’appareil utilise l’oreille, contrairement au modèle contour d’oreille sur lequel le micro se situe derrière le pavillon de l’oreille),
• Restitution immédiate des sons (proximité tympanique).

La décision entre l’intra-conduit et le contour d’oreille doit revenir au patient dans tous les cas, nous vous en parlions dans cet article, qui détaille également les grandes différences entre ces 2 types d’appareillage auditif.


3. La non satisfaction de l’appareillage auditif chez les proches appareillés

Face à une personne réticente à s’appareiller, la non-satisfaction d’un proche déjà appareillé constitue un argument de choix pour refuser l’appareillage ou le repousser à plus tard.
Et, effectivement, lorsqu’une personne dépense 3000€ pour « retrouver l’audition » elle semble en droit d’attendre un « miracle ».

Nous l’évoquions ici mais il est bon de le rappeler encore : il y a une différence entre la perte de vision liée au vieillissement (la presbytie) et la perte de l’audition liée également au vieillissement (la presbyacousie).

Dans le cas de la presbytie, le nerf optique n’est pas touché : ainsi, avec une paire de lunettes adaptée, le patient retrouve une vision satisfaisante.

Dans le cas de la presbyacousie, les cellules cillées de l’oreille, c’est à dire le nerf auditif, est détruit.
Bien malheureusement, ces cellules ne repoussent pas. Les solutions auditives aujourd’hui proposées, quelque soit leur prix, sont des amplificateurs de sons. Il convient de l’expliquer au patient et d’expliquer qu’un temps d’adaptation peut-être nécessaire face à certains sons « parfois métalliques » ou « une résonnance bien désagréable ».


4. Les autres arguments énoncés

Beaucoup de questions reviennent souvent, si l’on se donne la peine de les écouter.

« Dois-je changer les piles ? Quelle est la durée de vie des piles ?"
" Peut-on porter l’appareil seulement quand on en a besoin ? »

La technologie progresse.
Certains appareils fonctionnent avec des piles et d’autres sont rechargeables.
Chacun ont leurs avantages et leurs inconvénients et le choix entre l’un ou l’autre ne doit pas être réduit à cette technologie.
Une pile dure entre 3 jours et une semaine, selon l’utilisation faite de l’appareil.
Un appareil rechargeable doit être rechargé tous les jours. Et la durée de vie de la batterie diminue au fil du temps (perte de 10% à 20% d’autonomie dans les 6 à 8 premiers mois). De plus, le chargeur a un coût qui égal voire dépasse bien souvent celui d’une année de piles.

Quant au port de l’appareil, il doit être fait selon les besoins de la personne appareillée et mieux vaut un port ponctuel précoce – qui contribue à habituer le patient à l’appareillage auditif, que pas d’appareil du tout.

Il est un point essentiel que les ORL et les audioprothésistes ont totalement court-circuité : l’âge des patients.

Bien souvent hélas, les ORL proposent un appareil auditif à des patients qui viennent les voir car ils entendent mal, adressés par leur proche (42% des cas), venant d’eux mêmes ou dirigés par les audioprothésistes. Le constat est bien souvent sévère et l’appareillage nécessaire, bien que pas toujours accepté pour autant et le résultat souvent décevant.

Quand la perte auditive est discrète chez le sujet plus jeune, aux alentours de 30 à 35 dB sur les fréquences aigües (presbycaousie débutante), la gêne est pourtant là, minime, mais souvent l’ORL ne propose pas d’appareillage à ces patients.
Ces habitudes doivent changer.
C’est au tout début de la presbyacousie qu’il est recommandé de proposer le port d’un ou de deux appareils selon les possibilités pécuniaires de chacun.

Pourquoi ?
Pour répondre aux demandes de ces seniors, travaillant encore, parfois gênés en réunion et qui n’osent l’avouer. L’hôpital Sainte-Anne considère que 10% des actifs souffrent d’une gêne auditive au quotidien, qui impacte leur bien-être en entreprise comme leur productivité.

Le monde actuel, de plus en plus bruyant, « fabrique » ces jeunes seniors actifs et exigeants.
Les intras conduits actuels, qui sont à des prix accessibles, répondent aux exigences de coûts, de discrétion et de port occasionnel.

Cet élément est fondamental et pourtant totalement ignoré.

Ainsi, la pièce de théâtre, la réunion entre amis dans un milieu bruyant ou la réunion professionnelle sont autant d’endroits où ils pourront, à ce moment seulement, introduire leur discret amplificateur sans la moindre gêne comme s’ils s’aidaient, par exemple, de jumelles de théâtre pour mieux apprécier le jeu des acteurs.

Cet appareillage auditif précoce, occasionnel et invisible va décomplexer le patient, lui faire accepter une aide qui ne sera pas vécue comme handicapante et lui permettre de mieux appréhender, des années plus tard, si le besoin s’en fait sentir, un appareillage plus puissant dont le port pourra être permanent.

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