Trompe d'Eustache : fonction et importance chez l'apnéiste

Trompe d'Eustache : fonction et importance chez l'apnéiste

Quelques mots d’introduction

La trompe d’Eustache est un conduit faisant communiquer la caisse du tympan avec le rhinopharynx (c’est à dire la partie postérieure des fosses nasales). Elle s’ouvre passivement à chaque déglutition, permettant d’équilibrer l’air dans la caisse, égalisant ainsi la pression atmosphérique de part et d’autre de la membrane tympanique.

Sa taille évolue lors de la croissance : de 18 millimètres de long en moyenne chez l’enfant, elle fera 40 millimètres chez l’adulte.

Courte donc, chez l’enfant, sensiblement horizontale et d’une largeur similaire à celle de l’adulte, on comprend pourquoi les affections rhinopharyngées de l’enfant se compliquent fréquemment d’otites. Mais ce trajet, court et horizontal, met aussi l’enfant à l’abri des tourments de l’équilibrage de caisse.

Chez l’adulte, la trompe s’allonge, prend une direction oblique en bas, en avant et dedans. Parallèlement elle ne s’élargit plus et va se couder à la jonction des deux segments, donnant un aspect en accent circonflexe plus ou moins ouvert. Dorénavant une affection nasale affectera plus difficilement l’oreille mais son ouverture active pourra devenir plus aléatoire (notamment dans la compensation, chez le plongeur et l’apnéiste).

Anatomiquement la trompe d’Eustache se dirige obliquement en avant, en bas et en dedans. Elle comprend deux segments :

• Un segment osseux, postérieur, qui part de la partie antérieure de la caisse du tympan et creuse une gouttière sur la paroi inféro-externe du rocher (os du crâne qui abrite une bonne part de l’oreille) ;

• Un segment antérieur, fibro-cartilagineux, qui se poursuit sensiblement dans le prolongement de la trompe osseuse et constitue les 2/3 environ de la longueur totale. Il descend en dessous de la base du crâne et sa lumière s’élargit d’arrière en avant jusqu’à l’orifice pharyngien dans le rhinopharynx (partie postérieure du nez). L’isthme, à la jonction des segments osseux et cartilagineux est le point le plus étroit du canal (sa largeur se résume à une simple fente lorsque les muscles du voile sont au repos). La forme globale dessine donc un accent circonflexe très ouvert mais si le sommet est plus fermé, il en découlera une difficulté plus grande pour ouvrir activement l’orifice tubaire

 

Physiologie de la trompe d’Eustache

L’ouverture de la trompe se fait de façon passive à la déglutition. Elle devient active dès que la pression atmosphérique augmente, soit :

• Par simple déglutition si les variations de pression entre la caisse et l’extérieur sont faibles (piscine, descente en avion),

Crédit photo : Alex Barnab Voyer

• Par diverses manœuvres de compensation, plus ou moins agressives (Vasalva, Frenzel, BTV), lorsque la pression extérieure augmente rapidement (plongée en scaphandre autonome ou apnée à fortiori).

Crédit photo : Alex Barnab Voyer 

De nombreuses méthodes ont été décrites, parfois violentes, qui consistent à forcer le passage au niveau de l’orifice pharyngien en augmentant la pression locale. Le but de cet exposé sera de voir ce qu’il ne faut pas faire et surtout ce vers quoi l’on doit tendre pour assurer l’équilibrage des pressions de part et d’autre du tympan sans agresser la caisse.

 

Exploration de la fonction tubaire

Elle est réalisée à l’aide d’un appareil nommé tympanomètre qui permet d’apprécier l’élasticité du système tympano-ossiculaire de l’oreille moyenne sous l’influence d’une hyperpression ou d’une dépression créée dans le conduit auditif externe.

Les variations de mouvement du tympan sont enregistrées sous forme de courbe de compliance avec, en abscisse, la pression en millimètres d’eau et, en ordonnées, le déplacement du tympan. La compliance maximale est obtenue lorsque les pressions endo et rétro tympaniques sont équilibrées. On obtient ainsi des graphiques types de tympanométrie :

 

Courbe A : Oreille normale avec élasticité normale de la trompe.

Courbe B : Trompe non fonctionnelle avec liquide dans la caisse (rétro tympanique) donnant une courbe plate.

Courbe C : Pic déplacé vers les valeurs négatives (dysfonction de trompe).

 

Appareil moteur de la trompe

Les muscles moteurs qui interviennent pour l’essentiel dans l’ouverture de la trompe se nomment péristaphylins (interne et externe).

La trompe fibro-cartilagineuse est fermée quand les muscles du voile sont au repos. Elle s’ouvre lorsque les muscles péristphylins interne et externe se contractent. Schématiquement :

• Le péristaphylin interne nait à la jonction trompe osseuse-trompe cartilagineuse, en avant du trou carotidien, glisse sous la face inférieure de la trompe et se termine au niveau de l’orifice pharyngien de la trompe en se terminant en éventail sur le voile du palais. Quand il se contracte, il redresse la courbure du voile et soulève le plancher fibreux de la trompe.

• Le péristaphylin externe démarre ses attaches sur la base du crâne ainsi que sur la partie postérieure de la portion fibreuse de la trompe, descend ensuite pour finir par s’épanouir en éventail sur les muscles du voile. Quand il se contracte, il porte en bas et en dehors la paroi antéro-externe du conduit fibro-cartilagineux et la sépare de la paroi postéro-interne cartilagineuse.

En résumé : le péristaphylin interne fait bailler l’orifice pharyngien de la trompe et la portion antéro-interne de ce conduit. Le péristaphylin externe dilate la partie postéro-externe. Une contraction du voile ouvre la trompe fibro-cartilagineuse.

 

Dysfonctions 

Elles découlent de l’anatomie de la trompe.

Celle-ci peut être trop fine et mal s’ouvrir de façon physiologique sans pathologie retrouvée si ce n’est une variante anatomique. Bourrelet tubaire exagéré au niveau de l’orifice pharyngien notamment, fermant partiellement l’ouverture.

Elle peut former un accent circonflexe d’angle trop aigu avec une lumière trompe osseuse-trompe fibro-cartilagineuse virtuelle.

Les dysmorphismes donnent des trompes souvent verticalisées et étroites.

 

Pathologies 

Ce sont surtout elles qui vont rendre impossible l’équilibrage des pressions de part et d’autre du tympan si on ne les traite pas.

 

1. Tout obstacle mécanique sur l’orifice pharyngien :

Je ne citerai que les problèmes rencontrés chez les plongeurs ou apnéistes (les pathologies tumorales et les fentes palatines étant contre indiquées en amont).

• Végétations adénoïdes ou reliquat de végétations,

• Inflammation chronique de la région (allergie, tabac, environnement sont des facteurs majorants) ou ponctuelle (rhinopharyngite),

• Toutes tumeurs bénignes du cavum autres que les végétations adénoïdes ou les séquelles fibreuses d’une radiothérapie locale.

 

2. Pathologie de proximité :

L’exagération de la courbure cervicale (avec arthrose surajoutée) et mise de la tête en hyperextension rend plus difficile l’équilibrage.

Idem pour la proximité parfois intime de l’orifice carotidien avec la jonction trompe osseuse-trompe fibro-cartilagineuse et la position tendue de la tête qui peut à la fois entrainer une saillie de la carotide et une stase veineuse de la jugulaire interne d’autant que l’on se trouve tête en bas (mauvais retour veineux).

 

En définitive :

Rappelons l’importance d’un bon état rhinopharyngé avant tout stage de plongée. 

• Un écoulement nasal postérieur chronique (fréquent dans notre environnement) peut faire utiliser des décongestionnants nasaux sans danger avant la mise à l’eau.

• Ne jamais attendre la douleur pour équilibrer car la pression du tympan sur la caisse au fur et à mesure de la descente va rendre l’équilibrage plus difficile et aléatoire.

• Garder (surtout en apnée) lors de la descente, la tête dans l’axe du corps.

• Préférer toute manœuvre atraumatique d’équilibrage plutôt que de pratiquer un Valsalva qui doit être abandonné. Valeur du Frenzel.

 

Un cas particulier : le vertige alterno-barique

Il se définit comme un vertige transitoire, isolé et totalement régressif à la sortie de l’eau. Il s’accompagne d’une désorientation spatiale totale et le danger en plongée est bien là. Il survient plus fréquemment à la remontée.

Que se passe-t-il ?

Lors de la remontée (bouteille ou apnée), la trompe d’Eustache va s’ouvrir de façon passive sous l’effet de la pression dans la caisse qui diminue. Cependant si un obstacle gêne l’ouverture d’un orifice tubaire, le bâillement passif peut ne pas se faire d’un côté ou se faire de façon asymétrique occasionnant un syndrome irritatif vestibulaire (stimulation du canal semi-circulaire proche  de la caisse et qui gère l’équilibre). Il en va exactement de même si l’on protège unilatéralement une oreille avec un embout en cas d’otite par exemple et que l’on se baigne. L’oreille non protégée et découverte va être stimulée unilatéralement par l’eau et si celle-ci est plus froide que la température extérieure du corps (34° Celsius, ce qui est donc hautement probable), on ressentira de la même façon des vertiges tout le temps que durera cette stimulation. Un bouchon de cérumen dans un conduit peut réaliser le même phénomène.

Si de surcroit, lors de la plongée, la tête est positionnée en hyper extension, on se retrouve dans les conditions d’une tête inclinée à 60° en arrière par rapport à la position verticale. Cette position est celle qui est utilisée préférentiellement dans la stimulation labyrinthique lors des explorations fonctionnelles quand on souffre des vertiges. Et c’est la position d’un chasseur en apnée ou d’un plongeur qui remontent à la surface !

Insistons donc sur l’importance de garder sa tête dans l’axe du corps à la remontée.

Que faire en cas de vertige à la remontée 

• Stopper passagèrement la remontée,

• Déglutitions ou manœuvres de Toynbee (boucher le nez et inspirer),

• Fléchir le cou en avant,

• Eventuellement redescendre de quelques mètres.

Que faire en cas de vertige à la descente :

• Remonter de quelques mètres pour faciliter l’équilibrage,

• Enlever son masque et se moucher si rhinopharyngite,

• Cesser la plongée si le vertige n’a pas de velléité à s’arrêter.

Crédits photos : Alex Barnab Voyer





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