Méfaits du téléphone portable : mythe ou réalité ?

Méfaits du téléphone portable : mythe ou réalité ?

Cet article s’inspire d’une analyse et d’une synthèse bibliographique récente, proposée par le Professeur Tran Ba Huy, dans des publications bimestrielles « Entre…O.R.L »

Le téléphone portable est apparu au Japon il y a 37 ans.

Depuis, son usage s’est répandu en tache d’huile : 4 milliards de téléphones portables utilisés en 2008 selon l’Union Internationale de Télécommunications, soit 60% de la population mondiale équipée.

En France, le nombre d’abonnements est égal, peu ou prou, à la population totale du pays.

 

Principe

Il repose sur la transmission d’ondes radio entre le téléphone portable (émetteur récepteur radio) et une antenne relais générant donc des ondes électromagnétiques.

Ces rayonnements émettent des ondes de basse fréquence (comme le fait un four à micro-ondes) qui sont peu énergétiques et donc peu ionisantes.

Autrement dit, leur énergie reste trop faible pour créer des modifications cellulaires et particulièrement nucléaires, c’est-à-dire que l’effet mutagène de ces ondes, de faible énergie, reste infime.

Toutefois l’usage intensif de ces téléphones portables crée un léger échauffement du pavillon de l’oreille.

Ce réchauffement peut-il être responsable d’une augmentation des cancers de voisinage et notamment des cancers cérébraux ?

 

Études

Les études réalisées ne manquent pas, notamment une étude rétrospective sur 450 000 sujets, faite au Danemark de 1981 à 19951, qui n’a pas trouvé de différences significatives d’incidence des tumeurs du cerveau (notamment le neurinome de l’acoustique). Cependant, cette étude reste contestable car le suivi parait insuffisant et on peut relever un conflit d’intérêt car financée par des opérateurs de télécommunications.

D’autres études semblent dire le contraire, notamment pour les grands utilisateurs, mais il existe des biais dans la sélection ou des erreurs dans l’évaluation de l’exposition qui invalident les résultats2.

Une seule méta analyse3 semble retrouver une augmentation significative du risque en fonction du temps d’exposition, mais, là encore, un faible effectif testé et des incohérences (risque élevé pour une faible utilisation) discréditent les résultats.

 

Que penser ?

A ce jour, aucune étude ne retrouve un lien de causalité absolu entre la durée d’exposition au téléphone portable et le développement, notamment, d’un schwannome vestibulaire (encore nommé neurinome de l’acoustique).

Mais il reste plus facile de montrer qu’un phénomène existe que le contraire.

Pourtant les plus longues études ont 14 ans, mais est-ce suffisant pour voir apparaitre une mutation cellulaire qui entrainera une tumeur ?

La randomisation, par ailleurs, s’avère irréalisable compte tenu du nombre gigantesque d’utilisateurs dans le monde. Il est donc probable qu’une étude fiable, qui débouche sur des résultats objectifs, est impensable et donc irréalisable.

 

Peut-on prendre le problème à l’envers ?

C’est-à-dire existe-t-il une augmentation significative des neurinomes de l’acoustique qui ferait dire : "Oui, les téléphones portables sont mutagènes pour l’individu qui en fait un usage inconsidéré ?"

Tumeur exceptionnelle autrefois - il me revient les propos d’un patron à ses tout jeunes élèves "Vous en diagnostiquerez peut-être deux dans votre carrière" - elle reste exceptionnelle, mais tout s’accélère à notre époque.

Ma carrière approche de son terme et j’en ai diagnostiqué plus de vingt. Mon cas n’est pas unique. Tous les Oto-Rhinos que je coudoie en ont fait autant. 

Il existe donc vraisemblablement une augmentation du nombre de ces tumeurs.

Alors ?

L’amélioration des techniques diagnostiques, sa recherche systématique lors d’une surdité brusque unilatérale par exemple en est indiscutablement une explication.

Est-ce la seule ? Qui peut le dire de façon formelle ?

 

Alors, que doit-on faire ?

Rappelons encore une fois qu’aucune étude, à ce jour, n’a prouvé quoi que ce soit.

Doit-on, fort d’un principe de précaution, se passer d’un outil aussi indispensable de nos jours ?

Ça parait bien impensable.  

Deux points paraissent toutefois importants à rappeler :

• La nécessaire généralisation de l’usage kit mains libres, d’autant qu’aucun test probant n’ait jamais été réalisé par les constructeurs, peut être dépassés par son engouement et une utilisation rapide dans le monde entier. Le principe de précaution reste essentiel sachant que le risque zéro n’existe nulle part comme le confirmèrent en d’autres temps les logiciens de Port-Royal à qui déjà la question avait été posée.

• L’interdiction formelle de téléphoner au volant, car, là, les morts sont indiscutablement au rendez-vous !

Références : 

1 Johansen C. et Al. "Cellular telephones and cancer : a nationwide cohort study in Denmark". KJ. Narl Cancer Inst. 2001 ; 93 : 203-7.

2 Enquête internationale Interphone, coordonnée par l’International Agency for Research on Cancer, lancée en 2000 dans 13 pays développés.

3 Hardel M. et Al. sur Int. J. Oncology, 2008.





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